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De vétérinaire à libraire : le témoignage d’une reconversion réfléchie

Choisir de devenir vétérinaire est souvent porté par une passion profonde pour les animaux. Mais entre l’image idéalisée du métier et la réalité du terrain, l’écart peut être important. À travers le témoignage de cette vétérinaire diplômée dans les années 90, aujourd’hui en reconversion comme libraire, se dessine un parcours riche d’enseignements pour ceux qui souhaitent devenir vétérinaire.

Une vocation née simplement… sans confrontation au réel

Comme beaucoup, son envie de devenir vétérinaire apparaît au lycée. Elle aime les animaux, réussit bien à l’école, ses enseignants l’orientent vers un bac scientifique. La suite semble presque automatique : aimer les animaux + bac C = vétérinaire.

Avec le recul, elle identifie pourtant une erreur majeure :

S’engager dans les études vétérinaires sans avoir vu concrètement le métier.

À l’époque, les stages en cabinet étaient rares et peu encouragés. Les animaux étaient moins médicalisés et consulter un vétérinaire n’était pas un réflexe systématique.

« Je n’avais jamais mis les pieds dans un cabinet vétérinaire avant d’entrer en prépa. »

Les études vétérinaires dans les années 90

Elle suit le parcours classique de son époque :

  • deux ans de classe préparatoire vétérinaire,
  • puis quatre ans à l’École nationale vétérinaire de Maisons-Alfort.

Même si les programmes étaient officiellement similaires entre les écoles, certaines orientations différaient. Maisons-Alfort était réputée plus “animaux de compagnie”, tandis que d’autres écoles attiraient davantage les profils intéressés par la pratique rurale.

Le grand saut après le diplôme : un début difficile

Une fois le diplôme en poche, la réalité professionnelle s’impose brutalement :

« T’as ton diplôme, pouf, t’es véto. »

Comme beaucoup de jeunes diplômés, elle débute par un salariat avec des gardes de nuit et de week-end. À l’époque, l’accompagnement dépend énormément des structures et des employeurs : certains considèrent qu’un vétérinaire diplômé doit être immédiatement autonome.

Son premier poste, à Aulnay-sous-Bois, devient vite éprouvant. Le nombre de jeunes vétérinaires assurant les gardes se réduit et, progressivement, elle se retrouve à en faire quasiment toutes les nuits et tous les week-ends.

« Ça a failli finir en dépression nerveuse. »

Elle démissionne pour se préserver, terminer sa thèse et reprendre pied.

Une carrière construite par le bouche-à-oreille

La suite se construit petit à petit. Elle reprend les consultations progressivement : un remplacement, puis une après-midi par semaine, puis davantage.

« J’ai jamais envoyé de CV. Le boulot me tombait dessus. »

Ce qui commence en 1999 durera… jusqu’en 2022, année où ses employeurs prennent leur retraite et vendent la structure à un groupe vétérinaire.

L’arrivée des groupes vétérinaires : plus d’accompagnement, mais une autre logique

Elle note une évolution très importante : les groupements et réseaux de cliniques recrutent davantage de salariés et, souvent, proposent plus de collectif (formations, accompagnement, chaperonnage).

Elle souligne un bénéfice concret : l’administration, les RH, la gestion d’entreprise peuvent être déléguées à des professionnels, ce qui permet aux vétérinaires de se recentrer sur le soin.

« On retrouve le cœur de métier : consultations, chirurgie, s’occuper des patients. »

Elle reconnaît aussi les limites : consignes, prestataires privilégiés, sentiment de perte de liberté. Mais elle insiste : le vétérinaire reste responsable de sa pratique et de ses prescriptions.

Comme groupe vétérinaire, elle cite Mon Véto ou Evidensia.

Quand le “syndrome de l’imposteur” devient un bruit de fond

Même avec l’expérience, le doute peut rester là.

La peur de “mal faire”, de passer à côté d’un diagnostic, d’être jugé, et la crainte d’une faute professionnelle : tout cela pèse, surtout chez les profils perfectionnistes.

« Toujours la petite crainte de faire une faute professionnelle. »

Et dans ce contexte, le travail en équipe devient un vrai facteur protecteur : débriefings, discussions de cas, retours d’expérience, et soutien dans les actes plus invasifs (notamment la chirurgie).

« Travailler en équipe permet de discuter collectivement d’un cas, et de débriefer ce qui s’est mal passé. »

Les “clients difficiles” : une pression parfois invisible

Quand on pense difficulté, on imagine souvent des cas médicaux complexes. Mais elle insiste sur autre chose : la pression relationnelle.

Il y a les clients ouvertement désagréables… et ceux, plus insidieux, qui mettent mal à l’aise “par leur façon d’être” : distance froide, jugement implicite, intolérance à l’hésitation.

« S’ils te voient hésiter, ils vont le repérer. »

Il y a aussi la colère liée à l’attente. Elle souligne un phénomène malheureusement fréquent : l’ASV encaisse parfois la violence… et le ton change face au vétérinaire.

« Face au véto, curieusement, le client est plus gentil. »

Maltraitance : le plus fréquent n’est pas toujours ce qu’on croit

Sur la maltraitance, elle parle avec prudence. Elle n’a pas rencontré de cas “évidents” dans sa pratique mais elle décrit un type très courant : la maltraitance par ignorance.

Exemple : un propriétaire qui punit un chat pour un comportement instinctif (ramener un oiseau). Là, le rôle du vétérinaire est souvent pédagogique : expliquer, recadrer, accompagner.

Elle mentionne aussi l’existence de dispositifs de signalement et l’importance de connaître le cadre (dont le secret professionnel, qui peut freiner). Elle cite notamment la plateforme Calypso comme ressource de signalement.

Les cas les plus lourds : souffrance, limites, et décisions impossibles

Elle distingue deux grandes difficultés :

  • Les cas médicaux “où on patauge” : diagnostics compliqués, évolution incertaine, examens complémentaires, suivi au jour le jour.
  • Les cas lourds “humains” : souffrance difficile à soulager, maladies chroniques, traitements coûteux, contraintes impossibles pour le propriétaire (temps, argent, gestes quotidiens comme l’insuline chez un diabétique).

Dans certaines situations, la question de l’euthanasie finit par se poser, surtout quand les pathologies s’accumulent (multimorbidités), que la qualité de vie se dégrade, que les soins n’améliorent plus, et que tout le monde s’épuise : l’animal, le propriétaire… et l’équipe.

« Même nous, véto, on a du mal à placer le curseur : est-ce qu’il faut continuer ou s’acharner ? »

Se tenir à jour : entre formation continue et réalité de terrain

Après une journée dense, rester à jour demande de l’énergie. Elle évoque :

  • la presse professionnelle,
  • les conférences (souvent sponsorisées mais utiles),
  • les formations payantes,
  • et l’intérêt des groupes, qui financent parfois la formation.

Côté ressources, elle recommande particulièrement Le Point Vétérinaire (formation continue, articles approfondis, comité de relecture) https://www.lepointveterinaire.fr/abonnements.html, ainsi que La Semaine Vétérinaire ou La Dépêche Vétérinaire pour l’actualité du secteur.

Le vrai “mot de la fin” : passion et équilibre, sinon… danger

À la fin de l’entretien, son message est clair : pour tenir sur la durée, il faut un carburant solide.

« Pour faire toute une carrière de véto, il faut être passionné. »

Elle explique qu’elle a toujours cherché un équilibre vie pro/vie perso, et qu’elle sentait chez elle un manque de passion “scientifique/médicale” qui porte certains vétérinaires au long cours.

Elle livre aussi une phrase brutale mais lucide sur sa trajectoire :

« J’ai choisi de me reconvertir plutôt que de me suicider. »

Sans dramatiser, elle rappelle que le mal-être touche aussi les métiers de soin : charge émotionnelle, rythme, empathie, pression, exposition répétée à la mort et à l’euthanasie… Et elle insiste sur un point essentiel : ne pas rester seul.

Elle cite l’association Vétos-Entraide, dédiée au soutien des professionnels et étudiants vétérinaires en difficulté.

Enfin, elle revient à son tout premier conseil — celui qu’elle juge le plus important :

Avant de s’engager dans ces études longues et dures : aller sur le terrain, observer, suivre des vétérinaires, notamment en rurale.

Parce que le décalage entre l’idée qu’on se fait du métier et la réalité peut être immense.


Ressources :

  • Vétos-Entraide : association de soutien et d’écoute pour les vétérinaires (et, selon les dispositifs, proches / étudiants), avec possibilité de demander de l’aide en urgence.
  • 3114 – Numéro national de prévention du suicide (France) : gratuit, 24h/24, 7j/7, pour les personnes en détresse et/ou l’entourage.
  • S.O.S Amitié : écoute 24/7 par téléphone et aussi en ligne (chat/messagerie).

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